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photo: Lahcène Abib Des enfants non voyants qui prennent des cours de musique au conservatoire de leur quartier : c’est possible grâce à l’accompagnement du SIDVEM, une association qui milite pour l’intégration ordinaire des personnes en situation de handicap. Reportage. Des apprentis musiciens aveugles bien dans la cadence Dans le couloir qui mène au cours d’éveil musical, Clément, petit garçon de sept ans, affiche une grande décontraction et un sourire charmeur. " Bonjour, c’est vous qui voulez me poser des questions ? Dites-moi : que voulez-vous savoir ? " Le phrasé est châtié, le ton cordial. " Depuis septembre, je viens ici tous les mercredis matin. Ensuite, je file au judo. Et je termine par un autre cours de musique. Mais, bon, je prends le temps de déjeuner quand même ! " précise ce jeune garçon qui souhaite être " goûteur lorsqu’il sera grand " En attendant de devenir critique gastronomique, Clément rejoint ses camarades. Il est accompagné par Siloé, une fillette aux nattes blondes, qui prend un soin méticuleux à guider les pas de son ami aveugle. Bras dessous, bras dessus, ils gagnent la salle de cours. Assis en rang serré, les enfants y écoutent Colette Vicario, leur professeur, qui annonce d’une voix ferme et énergique la première activité : " tout le monde ouvre grand la paume de sa main et bat le rythme avec son doigt. " Appliqués, les mains ouvertes, Aymeric, Anaïs, Sarah, Siloé, Clément et les autres se lancent. Les sons se font parfois hésitants et le rythme bancal. Une cacophonie bien légitime pour ces enfants qui débutent tout juste. Comme tous ceux présents ici Clément suit le cursus classique du conservatoire de son quartier. De prime abord, son apprentissage musical et son intégration en milieu ordinaire paraissent simples, évidents. UN SYSTEME DE MEDIATION BIENVENU Pourtant, malgré les injonctions du ministère de la Culture et la loi qui oblige les conservatoires à accueillir tous les enfants – quelque soit leur handicap - le parcours des familles n’est pas aisé. " Lorsqu’on est parent d’un enfant aveugle, toutes les démarches prennent du temps et les portes se ferment souvent d’une manière plus ou moins sournoise. Les centres aérés et les loisirs en général sont difficiles d’accès. Et quand les structures sont accueillantes, elles n’ont pas toujours les techniques pour assurer l’épanouissement des enfants handicapés ", explique la mère de Sofiane, neuf ans. Ce dernier peut s’appuyer désormais sur l’aide d’une association pour réviser ses leçons de piano : le Sidvem, à l’acronyme peu synthétique (Service d’Aide à l’Intégration de personnes déficientes visuelles dans les lieux d’enseignement de la musique). Cette structure assure la médiation entre les conservatoires et les familles d’enfants non voyants et déficients visuels, dont elle s’attache à faciliter l’intégration musicale. " Nous n’assistons jamais au cours de l’enfant. Les professeurs des conservatoires restent entièrement maîtres du déroulement de leurs cours " explique d’une douce voix Marie-Annick SOCIE, sa directrice. Sa formation de professeur de musique spécialisée lui a appris à écrire et à lire le braille couramment. " Nous transcrivons en braille les polycopiés donnés durant les cours et nous allons régulièrement au domicile des enfants pour leur apprendre la musique en braille " poursuit-elle. Les professeurs, eux, n’ont pas à suivre de formation spécialisée grâce à ce système de médiation. " Nous ne voulons pas qu’ils changent de méthode de travail. C’est nous qui nous adaptons à leurs techniques d’apprentissage. Nous leur donnons juste – s’ils le désirent – quelques conseils simples et efficaces, comme dicter à haute voix, ce qu’ils écrivent au tableau, prévoir une place stratégique pour l’élève, anticiper les déplacements faciles ", précise Marie-Annick SOCIE. LA MUSIQUE A LA PORTEE DE TOUS A regarder Clément danser autour des cerceaux en battant le rythme avec ses pieds, le travail de médiation semble efficace. C’est une des premières fois que Marie-Annick SOCIE, fidèle à sa volonté de se montrer discrète, assiste au cours de Clément. Elle écoute avec attention les chérubins entonner le couplet du jour : " Roulez, roulez, petits trains, roulez sans dérailler. " Se sentant observé, Clément pousse un peu plus que d’habitude, son numéro de séduction. Il va même jusqu’à organiser une mini sélection pour désigner celle ou celui qui l’aidera à se lever. " J’aimerais bien que ce soit Sarah, cette fois ! ", lance t-il avec emphase. Pour le moins à l’aise, sa joie de faire de la musique comme tout le monde se lit sur son visage goguenard. Ses camarades de conservatoire, tous valides, ne prêtent pas attention à son handicap. Ni regard déplacé, ni gène. " Les enfants sont beaucoup plus naturels que les adultes face au handicap " glisse Marie-Annick SOCIE, dont le discours tempéré n’érode pas l’engagement. " Il est primordial de mélanger enfants handicapés et enfants valides pour que les mentalités évoluent. " Après le cours de Clément, Marie-Annick SOCIE, se rend au Conservatoire de Sainte-Geneviève des Bois (Essonne) où l’attend Sofiane, lunettes de soleil et look branché. Après un léger silence pour jauger ses visiteurs, Sofiane présente sa Perkins, la célèbre et robuste machine métallique qui permet d’écrire en braille. Deux adolescentes, arrivées en avance, apprennent à écrire leur nom. L’initiation s’interrompt lorsque Christian THEVEN, professeur de piano, vient chercher son élève. Sofiane s’installe derrière l’instrument avec hâte. Au programme : le compositeur hongrois Béla Bartok. L’apprenti musicien fait glisser ses mains agiles sur les touches. Son professeur use de la fermeté et de la douce moquerie pour galvaniser son élève. Ce dont la mère de Sofiane se réjouit : " Avec les enfants aveugles, il faut se montrer ferme et directif, sinon ils vous bouffent ! " La musique se répand dans la petite pièce mansardée. Et l’espace d’un morceau, on oublie que le pianiste porte des lunettes noires. Gonzague Rambaud Valeurs mutualistes n° 248 mars/avril 2007 |