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Outils pédagogiques
 

Outils pédagogiques et techniques pour l'intégration d'élèves déficients visuels dans une école de musique

L’intégration des personnes aveugles dans les conservatoires : une longue expérience

Autrefois, les jeunes déficients visuels étaient en majorité scolarisés dans les institutions spécialisés. En parallèle du cursus scolaire, ils recevaient une solide formation musicale par des professeurs de musique spécialisés. Les cours de musique et l’apprentissage d’un instrument étaient obligatoires pour tous. Cette formation était comprise dans leur temps scolaire et de qualité égale à un conservatoire. L’emploi du temps était au minimum d’une heure d’instrument par jour et trois heures de formation musicale par semaine depuis le primaire.

Il est vrai que la musique est un art totalement accessible à des personnes aveugles, et aussi, à ce moment là, un des principaux débouchés professionnels. (notamment avec les tribunes d’orgue)

Lorsque l’élève avait acquis les techniques spécifiques, qu’il était autonome et qu’il montrait des capacités certaines, les professeurs de l’institution lui proposaient une intégration dans le conservatoire avec un suivi technique et pédagogique par les professeurs de l’établissement spécialisé. Cela explique les nombreux musiciens aveugles de talent, qui ont mené une carrière brillante il y a quelques années.

A noter que c’est en 1840 que le Conservatoire National Supérieure de Paris a reçu les premiers élèves non-voyants. Ce sont d’abord des élèves des classes d’orgue qui obtiennent des récompenses, puis, en 1849 des élèves des classes d’écriture et de composition.

Cependant, quelques années plus tard, d’après un rapport de 1934, « le conservatoire ne recevait les aveugles que dans les classes d’orgue et de composition, les classes d’instruments leur étaient fermées à cause de l’épreuve de déchiffrage ». (M. Garros, les aveugles et la musique, 1934, AVH) ;

Cette situation va évoluer puisque les élèves qui ont poursuivis leurs études dans des conservatoires par la suite, étaient dispensés de l’épreuve de déchiffrage ainsi que de la formation musicale.

Actuellement, la musique occupe toujours une place importante dans les institutions spécialisées et permet la découverte de nouveaux talents. Les enfants reçoivent une formation musicale dès la maternelle par des professeurs de musique spécialisés. Cela leur permet d’acquérir une formation solide.

Mais, de plus en plus, les enfants déficients visuels sont scolarisés dès le plus jeune âge en intégration. Ils sont suivis dans le cadre de leurs études par des services d’aide à l’intégration scolaire. Ils n’ont donc plus un accès aussi facile à la musique. Ils se retrouvent dans la même situation que les autres enfants. Ils peuvent faire de la musique dans le cadre de l’Education Nationale et c’est bien peu, ou demander une inscription dans le conservatoire ou l’école de musique proche du domicile.

Le problème est que leur « code » de travail est différent, que les techniques spécifiques propres à la musique et la déficience visuelle ne sont pas acquises et que le conservatoire ne sait pas toujours répondre à leur demande.

La réflexion qui a aboutit à la création du SIDVEM (Service d’aide à l’Intégration de personnes Déficientes Visuelles dans les lieux d’Enseignement de la Musique) était de s’appuyer sur l’expérience du passé, et, tout en tenant compte de l’évolution de l’éducation des enfants aveugles, leur facilité l’accès à la musique. Il fallait donc adapter les outils pédagogiques et techniques nécessaires, pour leur permettre une intégration dans le conservatoire dans des conditions le plus favorable possible afin de suivre un cursus musical à l’identique des autres enfants.

Pour les parents, comme pour le jeune, l’intégration demande beaucoup d’énergie et de volonté. Il est difficile de se battre sans arrêt, difficile de supporter le regard des autres, difficile d’être toujours obliger d’expliquer et de se justifier….

C’est aussi pourquoi le SIDVEM ne s’appuie pas seulement sur un outil technique mais aussi sur un accompagnement humain et pédagogique tant de l’élève, de sa famille et de son professeur.

Certes, de nombreuses activités sont maintenant proposées à un enfant déficient visuel. Cela lui permet une ouverture culturelle beaucoup plus vaste. Néanmoins, la musique reste un art totalement accessible, et une activité qu’il peut pratiquer à égalité avec les voyants.

Partager la musique avec les autres est une reconnaissance de sa propre personne, une prise de confiance mais aussi une richesse pour les autres… Il est important d’être reconnu dans sa particularité, de se confronter aux autres, d’être en relation avec les autres, c’est une valorisation de ses possibilités.

C’est aussi pour les autres enfants une découverte enrichissante, apprendre à accepter l’autre tel qu’il est, respecter la différence, et partager des moments parfois singuliers ou émouvants, et pour le professeur toute une ouverture pédagogique


Les outils pédagogiques

1 - Cerner et développer les possibilités de l’enfant :

Construire le projet en fonction de l’enfant, de ses besoins, de son fonctionnement propre et surtout partir de ses possibilités et non de sa déficience... Ne pas rester seul, l’accompagnement est très important que ce soit l’institution ou le service spécialisé.

2 - L’aider à s’inclure dans le groupe par une différence positive, un « plus » pour les autres :

Présentez-le aux autres dès la première séance. Par exemple, tout simplement, au lieu d’insister sur la déficience, parlez de sa façon de travailler, cela intéresse toujours les autres et c’est tout de suite un plus qu’il leur apporte. Pensez aussi à lui présenter les autres. Qu’il puisse associer un nom à une voix rapidement…

Si vous vous adressez à lui nommez-le. Sinon il ne peut pas savoir que c’est à lui que vous parlez.

3 - Tenir compte de son handicap visuel et de l’importance des possibilités visuelles.

Un enfant déficient visuel n’est pas un enfant aveugle. Parlez-en avec lui, vous allez rentrer dans une dynamique d’échange, d’écoute, de recherche, de connaissance de son handicap. Vous allez le rendre acteur de son travail

Il va être beaucoup plus facile de l’encourager à :

- se déplacer seul

- S’approcher du tableau

- L’encourager à découvrir la salle pour qu’il se l’approprie

- Utiliser une aide optique (l’enfant ne va pas toujours oser….)

- Parler de ses besoins devant les autres…

- l’avertir si des modifications sont survenues dans la disposition du mobilier ou des objets de la salle

                                                                                                                                  

4 - Bien comprendre sa façon de travailler pour pouvoir adapter

- Fournissez-lui un support individuel pour un travail présenté collectivement.

- Employez un langage précis.

- Verbalisez ce qui est écrit au tableau ou reproduisez-le au marqueur sur une feuille devant lui.

- Considérez l’élève déficient visuel comme les autres, sollicitez-le s’il a tendance à se replier sur lui-même. A l’inverse, n’hésitez pas à l’arrêter s’il monopolise la parole.

- Parfois, demandez-lui moins de travail écrit et permettez-lui des réponses orales.

- Donner de préférence des exercices courts, toujours penser au travail de mémoire

- Donnez des documents bien contrastés ou agrandis

- Prévoyez le travail à l’avance pour qu’il puisse être transcrit

- Utiliser sans problème la vidéo en commentant

- En éveil musical, choisir avec lui l’instrument le plus approprié (différentes tailles de carillons ou xylophones)

- Penser à compter pour démarrer une chanson, ou jouer une introduction.

- Verbaliser les gestes

- Tenir compte de la fatigabilité de la vue

5 - Compenser le manque d’imitation visuelle

Il n’y a pas d’imitation visuelle dans la façon de tenir un instrument : l’enfant cherchera toujours à être en position visuelle confortable ce qui ne correspondra pas forcément à la technique demandée. D’où l’importance de bien connaître ce qu’il peut voir. Cette attitude doit être discutée avec l’enfant, afin qu’il sache que ce comportement lui procure un certain bénéfice visuel mais n’est pas la position technique demandée pour l’instrument. Il faut arriver à lui faire ressentir dans son corps les deux positions pour ensuite, peu à peu, qu’il puisse se corriger. Cela passe à la fois par le verbal mais aussi par le toucher de la position du professeur…

6 - Travailler sur la technique de déchiffrage et de mémorisation

Pour une mémoire efficace d’un enfant aveugle, il est important de présenter à l’enfant des idées très nettes qu’une répétition fréquente empêche de s’estomper. Toujours s’assurer que l’enfant a compris avant d’apprendre. A noter que beaucoup de choses familières, concrètes ne sont pas toujours bien connues des jeunes aveugles. L’interroger souvent : contrôler sans cesse son savoir, l’amener à rapprocher, à comparer. Se servir de l’appui que peuvent être les différentes formes de mémoires : musicale, mentale, gestuelle …

Toute partition va être travaillée de mémoire que ce soit une personne aveugle ou déficiente visuelle.

7 - Quelque soit le code de lecture, la transmission orale est très importante.

Certaines pathologies ne permettent pas de lecture. La lecture agrandie et le braille permettent l’autonomie mais la lecture simultanée en jouant n’existe jamais. Il n’y a pas de lecture globale. Tout le travail se fera sur une construction mentale et par la mémoire. La lecture est souvent en décalé lorsqu’il s’agit du braille et il est important de l’accepter. Ne pas hésitez à l’aider à avancer par la transmission orale pour l’encourager, car la priorité reste la musique.

8 - Avoir une pédagogie ouverte qui va s’enrichir par la recherche de l’adaptation

Chaque élève est différent, handicapé ou non, mais les élèves handicapés bousculent plus les habitudes et la pédagogie doit d’adapter à chacun.

Les outils techniques


1 - Apprentissage de la musicographie braille par l’élève

Le système braille est basé sur soixante-trois signes résultant de la combinaison de six points. Cela permet la lecture, les signes mathématiques, un abrégé et l’écriture de la musique… ce système créé par Louis Braille a été officiellement adopté dans les clases en 1830. La musicographie se met en place en 1834.

L’enfant qui commence la lecture en braille retrouve les mêmes signes pour désigner les notes, les silences etc.… la note est donnée par un signe qui indique en même temps son nom et sa valeur

Mais, une partition ne se limite pas à une suite de note. Chaque signe de la portée a un signe correspondant en braille et la transcription prend en compte la dimension verticale de la lecture en « noir » en l’écrivant en braille par une suite linéaire de caractères..

Ainsi avant et après la note il peut y avoir de nombreux signes. Ceux-ci sont toujours dans le même ordre. Cela est facteur de difficulté de lecture pour le jeune enfant qui doit trouver la note au-milieu de nombreux autres caractères et qui, en fonction, de la partition n’a pas toujours acquis assez d’autonomie de déchiffrage.

Pour le jeune enfant, c’est un apprentissage long et difficile.

2 - Bien comprendre le lien et les différences entre musique en braille et musique en « noir »

Si le jeune est suivi par un service spécialisé qui lui apprend la musicographie braille, le professeur n’est pas obligé de connaître ce code pour travailler avec l’élève. Par contre, notamment lorsqu’il s’agit des débuts de l’apprentissage, il est important qu’il ait une information précise sur les différences entre musique braille et musique en « noir » pour cerner les difficultés de l’élève. (La lenteur du déchiffrage au début, l’absence de clé, la lecture des accords…)

3 - Comment utiliser l’agrandissement

La lecture musicale est difficile pour une personne déficiente visuelle. Le système que nous utilisons avec la portée est une lecture dans l’espace et quand l’espace est réduit, parsemé de tâches sombres, ou bouge sans arrêt, il faut beaucoup de concentration . Il est important de bien gérer l’agrandissement avec l’élève. Il est le seul à pouvoir dire ce qui est le plus confortable pour lui. La facilité de lecture n’est pas toujours dans la taille du caractère, ne pas oublier l’importance des contrastes…Il faut tenir compte de la fatigue visuelle.

Penser que c’est toujours un travail de mémoire, qu’il n’y a pas de lecture globale, pas de lecture simultanée, pas de repérage rapide sur la partition.

4 - Quelle est l’importance de la lumière

Lui demander s’il a besoin de lumière ou au contraire si cela le gène. De cette observation va dépendre sa place dans la salle, l’orientation lorsqu’il travaille son instrument, l’éclairage.

Penser à des adaptations simples : pupitre et lampe, cela suffit souvent à lui permettre une bonne lecture. Penser à allumer si besoin.

Encourager l’enfant à utiliser son matériel, à se déplacer, et à être autonome.

5 - Comment utiliser l’écrit

Encourager l’enfant à utiliser son matériel et à le pousser vers l’autonomie. A la fois l’oral est très important, mais lorsque les autres élèves font un travail écrit il peut participer : que ce soit avec un marqueur sur de grandes feuilles ou avec sa machine braille avec une relecture à la fin.

6 - Encourager le déplacement :

Lui faire découvrir la salle, la place des autres. Il y a des enfants qui font toute l’année uniquement le chemin entre la porte d’entrée et la première table. Même s’il ne voit pas du tout il peut se déplacer seul. Il a besoin de s’approprier les lieux….

Situer la salle dans le conservatoire.

7 - Connaître les droits de déficients visuels pour les examens

Ils peuvent bénéficier d’une salle particulière, d’un tiers temps supplémentaire, de l’assistance d’une secrétaire. Ils peuvent écrire en braille ou en gros caractères et utiliser un ordinateur.


En guise de conclusion

Quelque soit le handicap

- ne jamais oublier qu’avant d’être handicapé c’est d’abord une personne ou un enfant avec, avant tout, les mêmes besoins qu’un autre enfant

- partager cette rencontre, ne pas négliger l’accompagnement (parents, service spécialisé), cela permet une meilleure connaissance, d’aller plus vite ou à l’essentiel dans la recherche

- avoir une pédagogie ouverte, cet enfant va bousculer les habitudes mais c’est une richesse, la découverte d’une pédagogie enrichie…

Partir des possibilités de la personne, tenir compte de certains outils et travailler dans une dynamique de recherche d’adaptation, permet bien souvent quelque soit le handicap de partager cette passion commune : la musique.

Extraits de l'intervention de Marie-Annick Socié Séminaire national le Samedi 05 Novembre 2005 au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris :
"L'accès à l'enseignement et à la pratique artistique des personnes en situation de handicap" organisé par l'association ARCHIMED': www.culture-handicap.org

                                                         

 

 

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